I – Nouveaux territoires et nouveaux patrimoines : le patrimoine culturel des migrants connectés
| Axe coordonné par Marta Severo.
La relation entre patrimoine culturel et territoire n’a jamais été simple. S’il est vrai que une culture ne peut naître que d’un territoire et des communautés que ce territoire héberge et nourrit, il est aussi vrai que les patrimoines ont toujours suivi les déplacements des leurs communautés. D’un côté, tout patrimoine est marqué par l’hérédité du contexte juridique, politique, social et environnemental dans lequel il a été créé. De l’autre côté, l’évolution et la transmission du patrimoine se nourrit souvent de contaminations, mélanges, translations.
Cela est vrai, en particulier, pour le patrimoine culturel des communautés migrantes. La ‘portabilité’ des patrimoines migrants est souvent un casse-tête pour les institutions nationales et internationales chargées de leurs gestions. La récente entrée en vigueur de la Convention UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2003) a rendu ce thème particulièrement actuel. La Convention impose aux États parties l’identification et la protection de « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel » (art.2). Clairement, telle définition n’aide pas les gouvernements à identifier le patrimoine sur base territoriale et encore moins à définir la place des patrimoines des migrants. À quel territoire appartient, par exemple, une fête originaire du sud de l’Italie, mais qui n’est désormais célébrée que pour une communauté aux Etats-Unis ? À qui revient la responsabilité de la conservation de la multitude de linguae francae développées pour permettre la communication entre communautés migrantes et sociétés d’accueil ?
Ces phénomènes d’hybridation sont aujourd’hui multipliés et accélérés par le processus de déterritorialisation due à la diffusion des médias électroniques (ou plutôt la re-définition du concept du territoire qu’ils comportent). L’usage massif de technologies mobiles et d’Internet (notamment des médias sociaux) accentue la portabilité des patrimoines migrants et favorises la production de nouveaux mélanges et contaminations. Qu’est-ce que change quand une grand-mère apprenne sa petite fille un chant traditionnel par téléphone ou par Skype ? Quel impact peut cela avoir sur le chant lui-même et sur sa transmission future ?
Ce axe veut étudier le patrimoine des migrants, et notamment le patrimoine culturel immatériel des migrants et les enjeux de sa gestion. Attention spéciale sera dédiée aux nouveaux territoires de production patrimoniale fournis par les technologies mobiles et par les médias sociaux et aux patrimoines qui y sont générés et transmis.
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II – Les musées de la migration à face aux nouvelles technologies |
À un premier niveau, nous étudierons l’utilisation des technologies web et des réseaux sociaux par les musées. D’une part, les sites Web de musées, d’archives et les institutions peuvent recueillir des témoignages, des photos et autres documents essentiels pour préserver et diffuser la mémoire des migrations (Museu da e das Comunidades Emigração, AltreItalie, Domit etc.) D’autre part, des sites Web peut devenir un point de rencontre où les migrants peuvent partager leurs expériences (Moving Here, Cité nationale de l’histoire de l’immigration, 19 Princelet Street).
A un deuxième niveau, nous étudierons les réseaux que ces musées arrivent à créer et animer grâce à la cartographie du Web. Cette méthode permet de dessiner un réseau des relations entre ces musées et d’autres acteurs, institutions, associations, mais aussi individus sur la base des connexions hypertextuelles qui relient leurs sites web. L’idée de base de cette méthode est que la décision d’ajouter un hyperlien vers un site témoigne de l’existence d’une relation, au moins de connaissance, entre les deux entités que les sites représentent. Nous partirons par l’analyse des réseaux des différents musées, considérés en manière isolée, mais nous chercherons d’arriver à l’identification du réseau global qui met en communication ces structures qui aboutissent une mission similaire dans plusieurs pays autour du monde entier. Finalement, biais une procédure de classification et spasialisation des acteurs, nous approfondirons les liaisons entre migrants et populations d’accueil dans ces réseaux.
